Les risques psycho-sociaux : le nouveau mal du travail ?

De nombreux spécialistes des RH parlent des risques psycho-sociaux ou RPS dans les entreprises. Des risques qui font la Une des médias, qui dénoncent les problèmes de santé mentale dans le milieu professionnel. De quelles menaces s’agit-il ? Comment les dépasser et quelles actions préventives adopter ? Les réponses à ces questions proviennent de Pauline D’Heucqueville, experte dans la santé psychologique du travail et consultante du cabinet Stimulus.


Comprendre les RPS

Les risques psycho-sociaux représentent la probabilité d’apparition de troubles psychologiques chez l’employé et qui sont associés à son milieu de travail. A travers des actions adaptées, il est possible de réduire le risque et la probabilité d’exposition à ces troubles en adoptant des mesures préventives à différents niveaux.


Identification de ce type de risques 

Les soucis rencontrés au niveau de l’organisation peuvent impacter l’individu. Michel Gollac, un expert dans le domaine, a recensé six facteurs à risque qui sont interdépendants et qui se résument en l’intensité et le temps de travail, les exigences émotionnelles associées au milieu professionnel, le conflit de valeurs, les rapports sociaux et l’autonomie. A travers ces éléments, il est possible de mesurer le degré d’exposition et le risque encouru. 

Par analogie, une personne est toujours exposée au risque d’un accident de la route, mais ce risque augmente en étant distrait par l’écoute de la musique par exemple ou en ne respectant pas le feu rouge piéton. Dès lors le risque devient élevé et le niveau d’exposition aussi.

Dans le cadre de l’entreprise les choses peuvent s’inverser. Ainsi, le nombre de personnes susceptibles de subir le harcèlement est limité mais l’impact sur l’individu est très important. Dans le cadre des mesures préventives, les responsables veillent à équilibrer les facteurs pouvant protéger les employés et ceux pouvant représenter un risque à l’échelle individuelle. 
Ils tiennent compte du degré d’exposition et du niveau du risque.

L’identification du danger repose sur des outils de diagnostic fiables et vérifiables à l’instar des sondages Karasek er Siegrist.


Enjeux de la prévention des RPS pour les structures

Les enjeux liés à la prévention des risques psycho-sociaux sont nombreux. Ils relèvent du domaine juridique, social mais aussi marketing étant donné que l’image de marque de la structure est engagée. Mais les principaux enjeux pour la prévention des RPS sont d’ordre juridique, humain, économique et médiatique.

En ce qui concerne l’enjeu juridique et humain, ils ont une grande importance étant donné que l’activité de l’entreprise doit respecter un certain cadre légal. Dès lors, elle est tenue de prévoir des mesures préventives pour les risques physiques et psycho-sociaux pouvant menacer la santé et la sécurité des travailleurs.

D’un autre côté, l’enjeu économique est de taille, surtout que la qualité de vie dans le milieu professionnel affecte le rendement et les performances des salariés à titre individuel et collectif. 

Quant à l’enjeu médiatique, il convient de le prendre en considération car une mauvaise prévention des RPS est susceptible de ternir l’image de marque de la société. 

C’est primordial notamment pour les secteurs où la concurrence en matière de talents constitue un facteur majeur comme c'est le cas du domaine digital. L’aspect médiatique se révèle de plus en plus important surtout avec l’apparition de labels tels que « great place to work », qui peut être un critère décisif pour le choix d’une entreprise.


Détection du mal-être et les indicateurs de la présence d’un risque 

Pour un manager qui doit gérer une équipe de collaborateurs, il doit être attentif au moindre signal indiquant qu’il y a un risque. Il peut s’agir notamment d’un changement comportemental soudain mais durable. 
Il se peut qu’il ne s’agisse pas forcément d’un risque majeur, mais il vaut mieux être intrusif. Cette intrusion peut être perçue de façon positive si elle émane d’un réel intérêt et de la bienveillance.

D’autres indicateurs sont à observer comme le taux d’absentéisme ou le turn over. De tels signaux peuvent juste donner l’alerte, mais ils ne permettent pas de réaliser un diagnostic, surtout qu’ils peuvent résulter de causes multifactorielles.


L’approche à adopter en cas de problème lié à l’environnement de travail 

Lorsqu’on s’aperçoit que l’un des collègues présente des symptômes associés au milieu du travail, il ne faut pas hésiter à lui parler surtout si on est assez proche. Il convient aussi d’orienter le collègue le cas échéant vers le médecin du travail. Une telle initiative se révèle judicieuse lorsqu’on ressent qu’il existe un réel danger. En cas d’urgence, il vaut mieux contacter le 144.

Dans de tels cas, l’intrusion relève d’un sentiment de bienveillance et non pas de manque de respect vis-à-vis d’un collègue ou d’un collaborateur. Lui venir en aide est nécessaire en cas de danger. La prévention dépend du degré de risque pour déterminer s’il s’agit d’une difficulté ou d’un réel danger.

Christophe Rieder

Christophe Rieder

Christophe Rieder dirige BetterStudy Swiss Online Education, l'institut de formation en ligne qu'il a fondé pendant ses études d'enseignant de la formation professionnelle. Après avoir travaillé quatre années dans la banque privée à Genève, Christophe décide de se reconvertir dans l'enseignement. Il a été formateur d'adultes en comptabilité à Genève et à Lausanne dans plusieurs écoles professionnelles privées. Christophe est aussi Maître d'enseignement à l'Ecole de Commerce Raymond-Uldry dans le canton de Genève, où il enseigne la gestion à des jeunes qui préparent un CFC d'employé(e) de commerce ou une maturité professionnelle commerciale. Christophe est titulaire d'un Master of Science HES-SO in Business Administration de HEG-Fribourg et d'un Diplôme fédéral d'Enseignant de la formation professionnelle. Il a effectué divers séjours d'études en Chine, aux Etats-Unis, en Irlande, en Allemagne et en Angleterre.