Les dangers de cibler une industrie "tendance" pour y travailler

Avant de cibler une industrie « tendance »...

Les secteurs d’activité qui fleurissent aujourd’hui peuvent devenir inopportuns demain. Par ailleurs, ceci se confirme avec le domaine des technologies de l’information qui était en plein essor au cours des années 90, puis qui a perdu son attrait et son rythme de croissance ces dernières années exception faite de quelques créneaux très spécialisés comme l'analyse de données par exemple.

Cette situation est comparable à la recherche des filons d’or lorsqu’il n’y en a plus, souligne l’auteur et directeur d’une entreprise de développement organisationnel Bill Treaasurer. En effet, c’est une initiative très risquée et incertaine, d’orienter sa carrière vers un domaine présentant à un certain moment de sérieuses et nombreuses opportunités de travail.

Par exemple, actuellement, les métiers d'ingénieurs ou liés aux soins et la santé sont très porteurs d’opportunités. Il y a une forte demande pour les profils spécialisés dans les soins infirmiers, les technologies de laboratoire médical ou encore l’imagerie et la radiologie, etc. On peut être tenté de cibler un poste dans ce secteur qui garantit d’y occuper une position.

Cependant, il faut être vigilant car il ne faut pas tenir compte que de la variable du marché du travail et de la rémunération plus ou moins attractive selon le contexte économique. Il faut en l’occurrence prendre en considération d’autres critères et se poser les bonnes questions.

Pour ce qui est des métiers de la banque et de la finance de marché (ce qui est différent de la finance d’entreprise qui sont en fait des métiers liés à la comptabilité), il y a eu un phénomène similaire dans ce secteur où beaucoup de jeunes diplômés, entre autres, étaient attirés par ce secteur pour les rémunérations potentiellement très importantes qu'elle peut ou pouvait offrir.

Il y a eu par exemple un attrait particulier pour la banque d’investissement (avec le trading de matières premières et le placement des propres capitaux de la banque en bourse), le management des hedges funds (fonds alternatifs très risqués) qui étaient des thèmes « sexy » ces dernières années en raison des profits engendrés qui étaient relayés par la presse financière et économique.

En Suisse, il y a le domaine de la gestion de fortune, qui est un marché très important dans l’économie de notre pays, en particulier pour le canton de Genève qui gère environ un tiers de la fortune privée mondiale. La gestion de fortune a connu un boom dans la fin des années 90 et le début des années 2000. L’économie était très dynamique avec beaucoup de recrutements dans ce secteur, jusqu’à la crise des subprimes aux Etats-Unis en 2006.

La crise, partie des Etats-Unis, s’était propagée en Europe (débouchant entre autres sur la crise de la dette européenne), ce qui a provoqué notamment de lourds impacts sur le marché des capitaux dû à la panique des bourses mondiales, mais aussi au niveau économique (baisse de la consommation, risque de déflation, voire de stagflation) et social (hausse du chômage) principalement dans le sud de l’Europe.

L'Espagne, le Portugal et bien-sûr la Grèce, où les taux d'emprunts obligataires à 10 ans atteignaient les 18% (contre 2% pour l'Allemagne), ont été particulièrement frappés par la crise.

Les métiers de la gestion de fortune ont dû s’adapter à un nouveau contexte environnemental au niveau économique et politico-légal teinté de baisses des valorisations d’entreprises, de risques systémiques avec la faillite potentielle de grandes banques qui ont dû être recapitalisées, comme UBS par la Banque Nationale Suisse (BNS) à hauteur de CHF 60 milliards, de croissance négative, de guerre fiscale de la part des pays européens et des Etats-Unis contre la Suisse et les clients étrangers fraudeurs du fisc de leur pays (pratique par ailleurs considérée comme de la soustraction fiscale selon le Droit en Suisse). Tout cela a amené à une situation qui tend à plus de transparence, ce qui a abouti à des accords sur l’échange automatique de données entre pays.

Le secteur bancaire est un secteur parmi d’autres. Nous vous proposons le point de vue d’un spécialiste en ressources humaines dans le conseil en carrière pour traiter cette problématique de l’emploi dans des secteurs florissants qui peuvent s’arrêter quand la tendance touche à sa fin. Nous verrons aussi comment s’organiser pour contrecarrer et anticiper ces changements de tendance sur le plan de la gestion de la carrière.

-Pour quelle raison une industrie peut-elle recruter fortement ? Et est-ce que ces phénomènes sont durables?

D’après le conseiller de carrière Kenneth McGhee, une forte offre d’emploi dans un domaine peut être due à de nombreuses raisons comme: un taux de rotation élevé (turnover) dû aux mauvaises conditions de travail, une croissance ponctuelle, des conditions-cadres qui favorisent la croissance du secteur (fiscalité, réglementation allégée), etc.

Il importe aussi de savoir si l’offre d’emploi est durable et pour combien de temps. L’un des exemples qui concrétise ce fait est le cas de la formation d’infirmiers auxiliaires. Un tel profil assume le travail d’autres spécialistes comme celui d’infirmier autorisé, d’inhalothérapeute, d’aide ergothérapeute, etc.

Il faut ajouter aussi qu’un tel profil perçoit comme rémunération un taux horaire moins important que les autres, ce qui favorise la demande pour un tel spécialiste au détriment des autres spécialistes. Et c’est là que se pose la question: pour combien de temps les autres métiers de santé resteront-ils prioritaires?

- Comment réussir à intégrer un secteur en croissance?

De son côté William Schaffer, auteur et conseiller carrière, souligne qu’avant de changer de carrière, il faut se demander si l’on dispose des compétences nécessaires et si on est prêt à intégrer le nouveau domaine. Ainsi, pour un(e) rédacteur(trice) technique qui désire migrer vers le secteur des soins infirmiers, il doit se demander s’il a les aptitudes à traiter au quotidien avec les médecins, les patients et leurs familles, les urgences, etc. et évoluer dans un environnement totalement différent.

Il en va de même pour un(e) ingénieur(e) en logiciel qui est hautement qualifié(e). En cas de changement de carrière, il ou elle serait amené(e) à travailler sous la responsabilité de quelqu’un qui lui est « inférieur » en termes de niveau de formation. De tels soucis relevés ne peuvent être négligés ou pris à la légère. Il convient de s’accorder un certain temps de réflexion avant de consacrer son argent et beaucoup d’efforts à se former à nouveau.

-Quels renseignements recueillir?

Il est très important de se renseigner sur le poste ou le secteur qui  vous intéresse, mais il convient aussi de collecter des données sur l’industrie en se référant aux personnes qui y travaillent. Les questions suivantes peuvent aiguiller nos choix et nos recherches d'emploi :

Qui a réussi dans le domaine parmi vos connaissances? Et quels sont les attraits du métier au quotidien?

John O’Connor, président d’une entreprise de réorientation professionnelle, remarque qu’avant de changer de cap, il convient d’observer ou de travailler avec une personne qui opère dans le domaine convoité. Il faut y consacrer au moins une journée avant de s’y engager et d’y investir beaucoup de temps, d’argent et d’efforts. Il faut se rappeler qu'un changement de carrière implique des mutations importantes qui vont impacter toute votre vie.

Miser sur la franchise

D’après Valérie Sejko, directrice de services carrière, il faut connaître ses aptitudes et si elles conviennent au poste convoité.

Ainsi, une personne qui est sociable et qui aime travailler avec d’autres personnes peut s’intégrer plus rapidement dans le domaine des soins infirmiers par exemple. Alors que pour une autre personne qui n’apprécie pas de travailler avec d’autres gens, il lui sera difficile d’exercer le métier d’infirmièr(e) même si le secteur est en développement constant et qu’il offre de grandes possibilités d’emploi. Elle n’y sera jamais heureuse et sera probablement un(e) très mauvais(e) infirmièr(e).

De son côté Barbara Moses, présidente de BBM Human Resource Consultants, remarque que les personnes qui contestent les réalités du marché de l’emploi ont tort. En effet, elles perdront à coup sûr et se rendront indubitablement malheureuses.

Malgré cela, certains secteurs sont plus stables que d’autres. Cela est dû au facteur non cyclique intrinsèque au secteur. Le secteur de la formation par exemple est très stable avec des variations anticycliques. C’est-à-dire qu’en période de ralentissement économique, le secteur de la formation professionnelle a tendance à être stimulé. En effet, la demande de formation augmente car la population investit dans son avenir professionnel en raison des risques de perdre son emploi.

D’autres secteurs comme celui de la finance (la finance d’entreprise et non la finance de marché lié au trading de titres ou de matières premières) et la comptabilité sont des secteurs d’activité très stables. En effet, la demande en personnel qualifié est constante et l’expérience et la formation sont valorisées, d’où des conditions de travail qui sont bonnes, voire très bonnes.

Cela s’explique par le fait que c’est une obligation légale de tenir les comptes des sociétés. Mais aussi, la comptabilité est un élément essentiel dans la gestion et l’évolution de l’entreprise. Pour cela, il est important de garder longtemps les mêmes collaborateurs afin qu’ils aient une vue globale et sur le long terme de l’historique de l’entreprise sur laquelle se base ses perspectives dans le futur.

En substance, pour faire votre choix de carrière, il est important de choisir une activité qui vous plaît et qui vous correspond en termes de relations sociales et compétences. La volatilité de chaque secteur professionnel représente un risque. Si vous choisissez de privilégier un secteur moins sujet à de fortes variations d’offres d’emploi, optez pour des secteurs stables comme la formation et la comptabilité.

Christophe Rieder

Christophe Rieder

Christophe Rieder dirige BetterStudy Swiss Online Education, l'institut de formation en ligne qu'il a fondé pendant ses études d'enseignant de la formation professionnelle. Après avoir travaillé quatre années dans la banque privée à Genève, Christophe décide de se reconvertir dans l'enseignement. Il a été formateur d'adultes en comptabilité à Genève et à Lausanne dans plusieurs écoles professionnelles privées. Christophe est aussi Maître d'enseignement à l'Ecole de Commerce Raymond-Uldry dans le canton de Genève, où il enseigne la gestion à des jeunes qui préparent un CFC d'employé(e) de commerce ou une maturité professionnelle commerciale. Christophe est titulaire d'un Master of Science HES-SO in Business Administration de HEG-Fribourg et d'un Diplôme fédéral d'Enseignant de la formation professionnelle. Il a effectué divers séjours d'études en Chine, aux Etats-Unis, en Irlande, en Allemagne et en Angleterre.