Le franc fort met les salaires suisses sous pression

L’abolition du cours plancher de change entre le franc suisse et l’euro a généré des changements importants notamment pour certains secteurs d’activité.

Les entreprises issues de ces derniers ont adopté des mesures comme l’allongement du temps de travail, la diminution des rémunérations et même le paiement des salaires des frontaliers en euro.

Le but d’une telle politique est de préserver l’emploi dans les secteurs les plus touchés par l’abandon du cours plancher. Les économistes de leur côté mettent en garde contre de telles pratiques qui peuvent se révéler nocives.

L’inquiétude concerne surtout les régions industrielles en Suisse qui sont principalement tournées vers l’export et ce depuis l’annonce de la décision de la banque nationale Suisse d’abolir le cours plancher de 1,20 CHF pour 1 euro. Une décision qui a abouti sur l’envol de la monnaie locale.

Les structures qui destinent leurs exportations vers le marché de l’Union Européenne ont enregistré une augmentation des prix de leurs produits de 10 à 15%.

Une situation qui s’est révélée difficile pour un certain nombre d’entrepreneurs qui ont déjà procédé à la réduction de leurs coûts  pour ne pas être obligés de licencier leurs employés. Et dans plusieurs cas, ces derniers ont dû fournir beaucoup d’efforts.

Dans le cas de l’entreprise bâloise Straumann qui est spécialisée dans la fabrication d’implants dentaires, les employés et les dirigeants ont été appelés à se passer d’une partie de leurs bonus de 2015.

Alors que pour les frontaliers qui y travaillent, ils perçoivent leurs salaires en euros sur une base fixe. Toujours dans le cadre de la lutte contre le franc fort, les employés frontaliers de l’usine R. Bourgeois qui fabrique des tôles magnétiques ont agréé à la réduction de leurs salaires de 10%.

Licenciements et réembauches

D’autres entreprises ont adopté des stratégies différentes à l’instar de Cloos Electronic qui a licencié 55 salariés pour les réembaucher par la suite avec des salaires réduits et des heures de travail plus longues.

D’autres structures ont suivi le même exemple pour que la situation devienne franchement inquiétante au Tessin. La baisse des rémunérations est une action des plus risquées qui ne peut être appliquée qu’en dernier recours.

D’après les statiques publiées par le syndicat organisation chrétienne sociale tessinoise, entre 10 à 15% des entreprises du canton ont adopté une réduction des salaires pour contrer l’abandon du taux plancher.

Il s’agit en général d’entreprises qui ne sont pas soumises à une quelconque convention collective.  En tout cas la situation présente un sérieux risque de déploiement de cette pratique parmi d’autres structures et secteurs d’activité.

Un sérieux doute plane sur la légalité de telles pratiques et une réelle inquiétude se pose quant à leur impact, une fois elles se généralisent. Il faut dire que la baisse des rémunérations peut dégénérer en déflation, ce qui se révèle dangereux pour l’économie suisse.

Baisse des salaires, un pas vers la dépression

L’économiste Stéphane Garelli n’hésite pas à exprimer ses inquiétudes en ce qui concerne la baisse des salaires. Il estime qu’il ne faut pas recourir à une telle pratique que dans les cas extrêmes.

Une généralisation de cette mesure transformera la récession en dépression. En tant qu’expert dans le domaine de la compétitivité des nations et enseignant à l’IMD de Lausanne, il estime que la baisse générale des prix ou l’effet déflationniste est le principal risque qui menace l’économie helvétique.

Il est hautement préjudiciable de baisser les salaires, car ceci va se répercuter sur le pouvoir d’achat de la population. Mais il est possible de cibler la flexibilité des heures de travail, en ajoutant une heure de plus pour la même rémunération.

De son côté Sergio Rossi qui est professeur d’économie à l’université de Fribourg, pense qu’il est exagéré de parler de déflation, mais il juge qu’il est déconseillé de baisser les salaires pour faire face aux effets du franc fort.

Les entreprises qui adoptent la baisse des salaires comme mesure pour contrer le franc fort, seront lésées car en réduisant les revenus des employés, elles ne font qu’affecter leur niveau de consommation et par ricochet la motivation des salariés, ce qui va se répercuter sur leur rendement.

Le franc fort pour augmenter les marges bénéficiaires

Le ministre de l’économie Johann Schneider-Ammann a déclaré lors d’une interview que le franc fort est utilisé comme prétexte pour augmenter les marges bénéficiaires.

Il a également signalé que les négociations salariales doivent être entamées par les partenaires sociaux et que la baisse des rémunérations ne peut être envisagée qu’en dernier recours.

Sergio Rossi a souligné également que pour plusieurs entreprises cette initiative était prise pour augmenter leurs marges bénéficiaires.

Il a ajouté qu’au Tessin les structures qui ont pris la décision de revoir à la baisse les salaires de leurs employés sont celles qui utilisent  de manière abusive des travailleurs frontaliers. Il précise que la disparition de telles entreprises est question de temps seulement.

Malheureusement leurs pratiques vont entacher l’économie cantonale et nationale.

Le professeur Rossi dénonce l’alarmisme qui domine et qui rappelle un comportement similaire  précédant l’entrée en vigueur du cours plancher par la BNS en 2011.

Pourtant, la majorité des exportateurs suisses, issus notamment du secteur de la pharmacie-chimie ou de l’horlogerie, n’ont pas été affectés par les variations du taux de change.

De son côté Stéphane Garelli a un point de vue différent, plutôt critique de la décision de la BNS qui a aboli le plancher de l’euro et qui a lié le franc suisse à une seule devise étrangère.

Il précise que le made in Switzerland est d’une grande importance pour la compétitivité du pays, mais en même temps la politique monétaire adoptée a entraîné le surenchérissement du franc  de près de 40% par rapport à l’euro.

Il a également donné en exemple l’Allemagne, qui a gardé une base industrielle forte, alors qu’il a profité au contraire d’un euro faible.

La stratégie actuelle de la Suisse peut se révéler préjudiciable à l’industrie helvétique.

 

Christophe Rieder

Christophe Rieder

Christophe Rieder dirige BetterStudy Swiss Online Education, l'institut de formation en ligne qu'il a fondé pendant ses études d'enseignant de la formation professionnelle. Après avoir travaillé quatre années dans la banque privée à Genève, Christophe décide de se reconvertir dans l'enseignement. Il a été formateur d'adultes en comptabilité à Genève et à Lausanne dans plusieurs écoles professionnelles privées. Christophe est aussi Maître d'enseignement à l'Ecole de Commerce Raymond-Uldry dans le canton de Genève, où il enseigne la gestion à des jeunes qui préparent un CFC d'employé(e) de commerce ou une maturité professionnelle commerciale. Christophe est titulaire d'un Master of Science HES-SO in Business Administration de HEG-Fribourg et d'un Diplôme fédéral d'Enseignant de la formation professionnelle. Il a effectué divers séjours d'études en Chine, aux Etats-Unis, en Irlande, en Allemagne et en Angleterre.

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