Droits de douane US – Qui les paie vraiment?

Droits de douane US : Les tensions entre les Etats-Unis et la Chine ont repris après une accalmie de plusieurs mois. La guerre tarifaire est relancée entre les deux pays et d’après les américains, la république du Chine est revenue sur ses promesses. Et c’est ce qui a incité Donald Trump à revoir à la hausse les droits de douane de 10% à 25% sur 200 milliards de dollars de produits importés de Chine, avec une menace de taxation sur le reste des importations. Pour l’administration américaine, cette taxe doit être versée par le gouvernement chinois. L’administration de Trump peut penser que les américains sont immunisés or ce n’est guère le cas. En effet, lorsqu’un pays opte pour l’augmentation des droits de douane sur les importations d’un autre pays, il faut penser aux répercussions d’une telle décision, notamment en ce qui concerne le volume des échanges et la partie qui va assumer le coût. 

En ce qui concerne les échanges entre les Etats-Unis et la Chine, le premier impact porte sur une réduction significative des importations qui peut être anticipée par une période de stockage. Quant à qui va assumer le coût, il est plus difficile de répondre à cette question. En effet, il est possible que la partie exportatrice puisse procéder à une réduction de ses marges, comme il est possible que la partie importatrice puisse faire payer la hausse des droits de douane au consommateur final. 

Tout dépend de l’élasticité-prix de la demande, de la concurrence et de la substituabilité des produits sur le marché. Le président américain pense que le coût sera assumé par la partie chinoise, ce qui l’encourage dans sa guerre tarifaire, sous réserve de faire abstraction des mesures de rétorsion appliquées par la république chinoise et qui peuvent être étendues. La théorie et l’histoire prouvent si nécessaire que c’est le consommateur final qui subit le coût final, avec l’inexistence de produits de substitution instantanés et parfaits à ceux qui sont taxés. La hausse tarifaire impacte significativement les prix à la consommation, mais sans avoir le même effet sur l’économie en prenant en considération les gains réalisés par les producteurs locaux et les recettes générées par l’administration des impôts.

En effet, l’impact global sur l’économie enregistré jusque-là se limite à 0,04% du PIB. Pour certains économistes, l’annulation de l’effet de la guerre tarifaire sur les prix ne serait possible qu’en limitant cette guerre à un pays ou un secteur d’activité et en relocalisant la production. 

Cependant, cette dernière option se révèle très onéreuse sans omettre qu’il faut avoir une certaine visibilité sur la politique commerciale, or dans le cas présent, ce n’est pas le cas. Pour le moment, il y a peu d’effet des droits de douane sur les prix et ceci est dû au fait que les Etats-Unis ont ciblé principalement les biens chinois qui ont une faible représentation dans les importations totales, ce qui offre aux américains la possibilité de chercher de nouveaux fournisseurs. Mais la donne sera différente si la guerre tarifaire gagne en intensité et englobe l’ensemble des échanges avec la Chine.


La politique américaine dans le domaine commercial

Le 5 mai dernier, Donald Trump a posté deux tweets, à travers lesquels il souligne que dans le domaine commercial, rien n’est définitif du moment qu’aucun accord n’a été signé, et même si c’est le cas il faut attendre sa ratification. L’administration américaine a expliqué que la hausse des droits de douane vis-à-vis des importations provenant de la Chine s’explique par le non-respect du côté chinois de certaines promesses, mais sans fournir de plus amples informations à ce sujet.

Entre temps, les Etats-Unis ont fixé le 10 mai comme date butoir pour la Chine, or cette date est déjà dépassée et 200 milliards de dollars d’importation ont été frappés par une hausse tarifaire allant de 10% à 25%. Si cette mesure s’étend aux autres importations non taxées et qui sont estimées à quelque 283 milliards de dollars selon les experts et 325 milliards de dollars d’après le président américain, il est possible que les échanges commerciaux connaissent de plus importantes perturbations. 

Donald Trump a décrit le déficit commercial de son pays comme étant une perte pour l’économie américaine, or le commerce international est basé sur les échanges de biens contre des devises. Au mois de mars, le déficit commercial des Etats-Unis était de 872 milliards de dollars pour les différents pays contre 408 milliards de dollars vis-à-vis de la Chine. 

Au cours du premier trimestre de l’année, la consommation des ménages est devenue plus ferme, mais de façon globale, le résultat en rythme annualisé est très faible ne dépassant pas 1,2%. Le début du deuxième trimestre s’annonce plus encourageant avec de plus importantes créations de postes, de même que des salaires en hausse et un recul du taux d’inflation. Ceci dit, certains éléments sont source d’inquiétude avec une perte de vitesse dans les ventes de voitures qui ont reculé de 5,8% au mois d’avril, soit à un seuil plus bas que la moyenne enregistrée au cours des quatre dernières années. 

D’un autre côté, la hausse qui a marqué le prix de l’essence depuis le mois de février a fortement impacté le pouvoir d’achat, même si cette augmentation peut être justifiée par la saisonnalité du phénomène. En ce qui concerne les ventes au détail du mois d’avril, elles ne sont pas satisfaisantes, avec une augmentation de 0,2% contre 1,6% pour le mois de mars. 

Quant au secteur de la construction résidentielle, il a profité en avril de la correction d’un effet météo négatif au mois de mars et cette reprise d’activité va être boostée par le regain de confiance des constructeurs et l’amélioration des ventes, associée à la baisse des taux d’emprunt.

Christophe Rieder

Christophe Rieder

Christophe Rieder dirige BetterStudy Swiss Online Education, l'institut de formation en ligne qu'il a fondé pendant ses études d'enseignant de la formation professionnelle. Après avoir travaillé quatre années dans la banque privée à Genève, Christophe décide de se reconvertir dans l'enseignement. Il a été formateur d'adultes en comptabilité à Genève et à Lausanne dans plusieurs écoles professionnelles privées. Christophe est aussi Maître d'enseignement à l'Ecole de Commerce Raymond-Uldry dans le canton de Genève, où il enseigne la gestion à des jeunes qui préparent un CFC d'employé(e) de commerce ou une maturité professionnelle commerciale. Christophe est titulaire d'un Master of Science HES-SO in Business Administration de HEG-Fribourg et d'un Diplôme fédéral d'Enseignant de la formation professionnelle. Il a effectué divers séjours d'études en Chine, aux Etats-Unis, en Irlande, en Allemagne et en Angleterre.