A lui seul, le travail n’est pas une garantie de prospérité

La Suisse enregistre la plus forte concentration de riches dans le monde, par rapport à la population du pays. En effet, un rapport international souligne que la Confédération Helvétique accueille 7'000 personnes ayant une fortune de plus de 30 millions de dollars chacun. 

Pour le sociologue Ueli Mader, il n’y a pas lieu de s’engorger de ce fait, car de par ses études sur la pauvreté et la richesse, il y a de grands écarts entre les différentes classes sociales et il faut se pencher plus sur ce phénomène pour mieux comprendre la source de l’inégalité sociale. D’après ce professeur, aucun milliardaire n’a pu gagner autant d’argent de façon honorable.

Le nombre important de riches résidant en Suisse, renvoie sur l’attractivité du pays pour les multimillionnaires. Pour le professeur, un tel constat trouve son explication dans la stabilité politique du pays, de même que les incitations fiscales très avantageuses, surtout en ce qui concerne la fortune et l’héritage qui séduisent les riches depuis l’étranger. D’un autre côté, la présence sur le territoire suisse de bons conseillers dans le domaine des placements financiers favorise cette situation. En plus des rémunérations élevées pratiquées dans certains secteurs d’activité.

Il est légitime de se poser la question sur la provenance de ces fortunes. En effet, plusieurs riches sont issus de familles aisées ou ont contracté des mariages dans des familles fortunées. C’est le cas du conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann ou des descendants de l’ancien conseiller fédéral Christoph Blocher. Les statistiques officielles rapportent que 10% des héritiers disposent de 70% du total des héritages. 

Les plus grosses fortunes du pays sont issues d’héritage et elles ont sextuplé avec le temps, passant d’une centaine de milliards à 600 milliards dans le cadre de successions.

Sur un autre volet, certains secteurs économiques accordent des rétributions excessives qui peuvent éventuellement créer des richesses. Les observateurs s’accordent à affirmer que le travail et l’innovation sont générateurs de fortunes, mais ils sont surévalués. En effet, de nombreuses personnes fortunées n’optent pas pour l’innovation, ils se contentent de placer leur argent pour réaliser par la suite des bénéfices profitant de la hausse des prix.

Pour la composition des millionnaires présents sur le territoire suisse, la moitié d’entre eux sont des étrangers qui profitent de la taxation forfaitaire avantageuse. De plus, ils peuvent bénéficier du secret bancaire pratiqué en Suisse et qui attire les riches du monde entier. Mais la majorité des fortunes est associée aux grandes structures. 

D’un autre côté, de nombreux riches ont contribué à leur propre fortune comme le prouvent les richesses provenant des marchés financiers qui se sont grandement développées au cours des dernières années, supplantant les fortunes basées sur les prestations.

Pour les histoires véhiculées sur des personnes partant de rien pour devenir milliardaires, le professeur Ueli Mader confirme que pas un seul milliardaire n’a gagné sa fortune de manière honorable. En général, l’argent a été amassé au détriment des autres. Et ceux qui prétendent avoir réussi à faire fortune par eux-mêmes et s’auto-féliciter, ne font que se leurrer et tromper les gens.

Le professeur Mader affirme que pendant ses rencontres avec des entrepreneurs, ces derniers lui reprochent son soutien pour les personnes qui quémandent de l’argent. Or pour le professeur, un entrepreneur a hérité de son entreprise et cette dernière n’est pas le fruit de son propre mérite. Au moment où la culture populaire clame fort que chacun est l’artisan de son propre bonheur et que rien ne vient sans rien. 

Pourtant la réalité est tout autre avec des personnes qui travaillent à 100% et qui ne prospèrent pourtant pas pour la simple raison que le secteur d’activité qu’elles ont choisi ou le métier qu’elles exercent ne paie pas bien. Ce qui implique que la prospérité ne peut être assurée par le travail.

Certains politiciens suisses déploient d’importants efforts pour attirer les riches dans le pays en raisonnant que tout le monde profitera de cette richesse. C’est à se demander si l’arrivée de ces grosses fortunes représente une bénédiction ou une malédiction. Un milliardaire paie des montants conséquents pour les impôts, ce qui peut représenter une réelle aubaine pour une petite commune. 

Ces recettes fiscales créent une certaine dépendance de la commune vis-à-vis du milliardaire, ce qui se traduit sur le long terme par une baisse des revenus vu que les communes et les cantons se font concurrence en accordant des avantages fiscaux aux grosses fortunes qui y résident. De même, l’arrivée d’un milliardaire entraîne une hausse de l’immobilier et des terrains dans la région.

Une répartition de la richesse entraînera plus de revenus, car il y aura plus de gens qui versent des impôts, que ce soit sur leurs revenus ou leurs fortunes, ce qui peut générer des recettes fiscales similaires ou même en hausse. Une telle situation confortera la cohésion et la paix sociale et contribuera à confirmer les pratiques démocratiques en Suisse.

Il ne s’agit pas de chasser ou de déclarer la guerre aux riches, mais il ne faut pas démontrer une reconnaissance exagérée pour leur installation sur le territoire Suisse. Ceci dit, une telle culture est ancrée chez les suisses en général. Alors que c’est frustrant de voir des gens vivant dans la difficulté, tandis que tout est accessible à d’autres, pour la simple raison qu’ils sont nés dans des familles riches.

Pourtant l’histoire de la Suisse relate que le travail acharné des travailleurs a permis l’émergence et la croissance d’une classe moyenne très solide, notamment après la seconde guerre mondiale. En effet, les années 50 jusqu’aux années 70 ont enregistré l’apparition et le développement de couches sociales très puissantes qui ont pu améliorer et faire prospérer leur situation financière. 

En 1972, la Suisse ne comptait que 106 chômeurs, ce qui peut être justifié par une politique libérale favorable à l’équilibre social en adoptant un rapport sain entre le travail et le capital. Malheureusement avec le temps, un changement de paradigme a été observé avec une forte capitalisation, valorisant plus l’argent au détriment du travail. Les disparités sociales sont dès lors perçues comme une dynamisation de la société et non pas un problème en soi.

Cette évolution paraît triste ; heureusement certains parmi les riches adressent eux même des critiques à cette évolution qui représente un danger menaçant tout le monde.

Christophe Rieder

Christophe Rieder

Christophe Rieder dirige BetterStudy Swiss Online Education, l'institut de formation en ligne qu'il a fondé pendant ses études d'enseignant de la formation professionnelle. Après avoir travaillé quatre années dans la banque privée à Genève, Christophe décide de se reconvertir dans l'enseignement. Il a été formateur d'adultes en comptabilité à Genève et à Lausanne dans plusieurs écoles professionnelles privées. Christophe est aussi Maître d'enseignement à l'Ecole de Commerce Raymond-Uldry dans le canton de Genève, où il enseigne la gestion à des jeunes qui préparent un CFC d'employé(e) de commerce ou une maturité professionnelle commerciale. Christophe est titulaire d'un Master of Science HES-SO in Business Administration de HEG-Fribourg et d'un Diplôme fédéral d'Enseignant de la formation professionnelle. Il a effectué divers séjours d'études en Chine, aux Etats-Unis, en Irlande, en Allemagne et en Angleterre.