Comment notre smartphone nous vole notre temps ?

Les réseaux sociaux ont envahi notre quotidien et il devient pratiquement indispensable de faire un tour du côté de Facebook, de Twitter, ou de Netflix. La raison est simple, de telles plateformes ont mis en place des techniques innovantes pour rendre l’utilisateur addictif à travers des récompenses régulières, des contenus attrayants, etc. C’est une nouvelle dépendance qui vient de naître.

Les technologies monstrueuses des réseaux sociaux

Un iPhone est déverrouillé à raison de 80 fois par jour, soit près de six reprises par heure. Il faut dire que 2617 pressions sur l’écran sont effectuées au quotidien sur un smartphone. Des chiffres qui révèlent l’addiction voire l’obsession des gens pour leur téléphone mobile.

Les smartphones sont dotés de toutes fonctionnalités pour augmenter cette addiction comme les notifications pour les "retweet", le mode vibratoire signalant un nouveau "match" sur Tinder, un bip pour marquer les "like" sur Facebook, etc. Autant d’astuces développées par les informaticiens qui rivalisent de créativité et d’inventivité et qui ont rendu les gens de par le monde accros de leurs applications mobile.

Générer du pseudo-plaisir

Plusieurs, parmi les personnes qui ont créé ou développé les différentes fonctionnalités utilisées dans les réseaux sociaux, le regrettent aujourd’hui. C’est le cas justement de Loren Brichter qui a créé le Pull to refresh utilisé initialement par Twitter, et qui ne cache pas ses regrets en soulignant que le concept Pull to refresh, Twitter et les smartphones en général boostent la dépendance des utilisateurs. Il a même précisé qu’il était immature lorsqu’il travaillait sur de tels projets.

Il va de même pour Justin Rosenstein, l’inventeur du bouton like de Facebook, qui a désigné cette fonctionnalité comme une clochette de pseudo-plaisir au regard de l’illusion créée et les conséquences de cet outil. De son côté Tristan Harris, qui travaillait auparavant au sein de Google, estime que les concepteurs exploitent les vulnérabilités psychologiques des gens pour attirer leur attention de façon consciente ou non.

Gilles Demarty, un architecte en expérience utilisateur au sein de l’agence Ratio à Lausanne, n’hésite pas à faire le parallèle entre son métier et celui d’un dealer de drogue, en précisant que ce sont les seules professions où on parle d’utilisateurs. Il souligne que son métier consiste à vendre de l’addiction en procurant des produits répondant aux besoins affectifs de l’utilisateur. Il ajoute que si le travail est bien fait, l’utilisateur revient souvent et une sorte de cercle vicieux est créé. L’exemple le plus imminent est celui de « pull to refresh » qui procure une satisfaction éphémère mais immédiate par le simple fait qu’un nouveau contenu est affiché.

Similitude avec les machines à sous

Des machines à sous, c’est ainsi que Nicolas Nova, sociologue des usages à la HEAD de Genève, compare les applications et les fonctionnalités développées au niveau des réseaux sociaux. L’utilisateur rafraîchit l’écran en espérant que quelque chose de spécial va apparaître et qu’il va remporter une récompense numérique. C’est une interaction intense entre le digital et l’internaute qui a lieu, et qui est le résultat réussi des concepteurs d’applications.

Des créateurs comme Gilles Demarty reconnaissent qu’ils s’appuient sur des statistiques et des données précises pour comprendre le comportement des utilisateurs afin d’apporter des modifications, surtout pour que les internautes réagissent même à de petites modifications de design. Il suffit de mettre deux designs côte à côte pour voir lequel est le plus efficace et génère le plus d’impact. Un constat relevé par l’UX designer indépendant Xavier Diverres.

Méthodologie de Facebook

Les mêmes recettes sont utilisées par les concepteurs et les développeurs des applications. Néanmoins les plus efficaces sont celles mises en place par Facebook et Google. Xavier Diverres relève que l’efficacité d’un réseau social est due principalement à la génération d’un fil d’information infinie. Dans le cas de Facebook, les responsables de ce réseau social sont conscients que les utilisateurs ne souhaitent pas manquer une publication ou une nouveauté, ce qui les pousse à passer plus de temps sur la plateforme pour suivre leur fil d’actualité.

L’une des fonctionnalités proposées par Facebook est la security check qui permet d’aviser les proches des utilisateurs qu’ils sont sains et saufs en cas justement d’un sinistre. Une astuce qui a été modifiée par Facebook en envoyant carrément un message en vue d’augmenter le nombre d’interactions.

La révélation du premier président de Facebook, Sean Parker, verse dans le même sens, précisant que le but d’une telle interface est d’absorber le plus de temps et d’attention d’une personne. En d’autres termes, ce réseau social exploite une vulnérabilité humaine. C’est une injection d’une dose de dopamine à titre occasionnel à travers les commentaires et les likes des publications par exemple. Une telle réactivité incite à plus de publications et d’interactions, et c’est le déclenchement d’un cercle vicieux d’une pseudo validation sociale.

Plus de sommeil

Un autre réseau social a la cote depuis quelques temps, à savoir Snapchat, qui a mis à la disposition de ses utilisateurs la fonction Snapstreak qui constitue un indicateur d’intensité d’une conversation. Plus de 100 millions d’adolescents sont pris au piège comme le signale Tristan Harris.

Le directeur de Netflix, Reed Hastings, n’a pas hésité à déclarer clairement que son service constitue un ennemi du sommeil en fournissant un film ou une série convoitée par l’internaute, ce qui l’empêche de dormir.

De leur côté, Gilles Demarty et Xavier Diverres veillent à respecter une charte éthique et déontologique pour éviter d’abuser de la confiance des utilisateurs. Il faut dire qu’un réseau social survit grâce aux audience, c’est pourquoi les concepteurs rivalisent en créativité pour rendre les utilisateurs captifs.

Christophe Rieder

Christophe Rieder

Christophe Rieder dirige BetterStudy Swiss Online Education, l'institut de formation en ligne qu'il a fondé pendant ses études d'enseignant de la formation professionnelle. Après avoir travaillé quatre années dans la banque privée à Genève, Christophe décide de se reconvertir dans l'enseignement. Il a été formateur d'adultes en comptabilité à Genève et à Lausanne dans plusieurs écoles professionnelles privées. Christophe est aussi Maître d'enseignement à l'Ecole de Commerce Raymond-Uldry dans le canton de Genève, où il enseigne la gestion à des jeunes qui préparent un CFC d'employé(e) de commerce ou une maturité professionnelle commerciale. Christophe est titulaire d'un Master of Science HES-SO in Business Administration de HEG-Fribourg et d'un Diplôme fédéral d'Enseignant de la formation professionnelle. Il a effectué divers séjours d'études en Chine, aux Etats-Unis, en Irlande, en Allemagne et en Angleterre.