Les opportunités dans l'éducation numérique

Jusqu’à récemment, le secteur de l’enseignement a été relativement épargné par les changements radicaux. Cependant, une nouvelle donne apparaît en particulier dans le secteur de l’enseignement supérieur et dans la formation continue dans les grandes entreprises. Comme dans tout autre secteur, la diffusion des technologies transforme radicalement les habitudes. D’une part, cela demande une adaptation des acteurs traditionnels de l’enseignement dans leurs activités pour assurer leur pérennité, et, d’autre part, cela crée des opportunités d’affaires pour de nouveaux acteurs comme BetterStudy.

Voici trois grandes tendances qui transforment ce secteur de façon radicale à long terme:

  • Emergence et croissance des MOOCs

Une première grande transformation récente au niveau technologique a eu lieu avec l’émergence des Massive Open Online Courses (MOOCs) devenus particulièrement visibles dès 2011, comme Coursera, Udacity, edX. Le modèle originel de ces MOOCs est de proposer leur technologie aux meilleures universités du monde afin qu’elles diffusent leurs cours gratuitement ou à des prix très abordables. Des certifications facultatives sont proposées dès USD 49.- par cours et, plus récemment, certains cours sont accessibles seulement à des clients premium pour des tarifs toujours très compétitifs (USD 69.-) en comparaison à des écoles traditionnelles qui facturent leurs formations plusieurs centaines de dollars (Coursera, 2015). Des formations plus longues sont offertes désormais pour USD 600.- avec une certification. Grâce aux MOOCs, les hautes écoles disposent désormais d’outils robustes pour diffuser leurs cours à distance auprès d’un grand nombre d’étudiants-es-es. Les universités comme leurs étudiants-es-es ont accès librement à du contenu didactique d’excellente qualité provenant d’autres universités, contenu à partir duquel des cours en présentiel peuvent être construits. Par ailleurs, depuis son lancement en avril 2012, Coursera a atteint 13 millions d’utilisateurs trois ans plus tard (en mai 2015) et offre plus de 1'000 cours de 119 institutions dans 190 pays (Wikipedia, 2015). La formation continue à distance qui mise sur le développement des compétences professionnelles n’est pas en reste où Lynda a par exemple été acquise par LinkedIn en avril 2015 pour USD 1.5 milliards. Son modèle de revenu est basé sur un accès illimité à un large contenu pour un abonnement mensuel à partir de USD 25.- (LinkedIn, 2015).

Ainsi, les MOOCs bouleversent le paysage de l’enseignement en proposant des cours de grande qualité gratuitement ou à des prix très compétitifs et accessibles sans contrainte de lieu ni d’horaire. La « classe inversée » est un exemple d’application de ces approches pédagogiques qui est un sujet très porteur en particulier aux Etats-Unis, au Canada et en Grande-Bretagne. La classe inversée consiste à mettre à disposition du contenu didactique, par exemple au moyen des MOOCs, pour que les apprenants le consultent en dehors de la classe. Ensuite, en classe, il s’agit de capitaliser sur les connaissances acquises par des activités qui créent des interactions entre les apprenants par exemple avec des travaux de groupe. Les méthodes d’enseignement changent également, notamment en raison de l’émergence des MOOCs et des technologies avec des applications éducatives (cf. « Evolution des pratiques d’enseignement» dans le même chapitre ci-dessous).

  • Learning analytics

Les secteurs comme le retail, la recherche en ligne (moteur de recherche, comparateur de prix, etc.), la banque ou encore la santé utilisent l’analyse de données d’utilisateurs pour améliorer leurs services et/ou optimiser leur processus. Le big data peut aussi être appliqué dans le secteur de l’enseignement. En effet, grâce à une utilisation plus large et systématique des TIC dans l’enseignement, il est désormais possible de collecter et d’analyser de grandes quantités de données relatives aux apprenants. Il s’agit d’utiliser les informations extraites de ces analyses pour créer les meilleures situations d’apprentissages possibles pour en définitive accroître le développement des apprentissages. Par exemple, Knewton, une startup américaine fondée en 2008 a parié sur un modèle d’apprentissage adaptatif qui consiste à individualiser les formations par des analyses de données pour délivrer aux étudiants-es les questions d’exercices les plus pertinentes en fonction de leurs réponses. Knewton a levé plus de USD 100 millions et compte parmi ses partenaires Pearson et Microsoft. Avec BetterStudy, nous prévoyons d’utiliser l’analyse de données aussi pour maximiser le développement des apprentissages, mais avec une approche pédagogique différente qui mise sur la collaboration. En effet, notre objectif est de favoriser les interactions sociales en ligne et/ou hors ligne par une combinaison optimale des profils d’étudiants-es pour des apprentissages collaboratifs.

  • Evolution des pratiques d’enseignement

Les recherches en sciences de l’éducation montrent que l'enseignement traditionnel basé sur la transmission des connaissances, où l’enseignant diffuse son savoir sans activité de la part des apprenants, a d'importantes limitations au niveau de l’efficacité des apprentissages et de la motivation. L’application de cette méthode dite « passive » tend à diminuer significativement, car les enseignants-es sont aujourd’hui mieux formés à la pédagogie qu’auparavant et utilisent plus régulièrement des méthodes d’enseignement dites « actives » comme la pédagogie par projet, l’approche orientée problème ou les études de cas. En effet, il a été démontré par exemple que le « learning by doing » a des effets très positifs sur les apprentissages et le développement des compétences, particulièrement lorsqu’il existe des interactions sociales entre pairs. Ces méthodes d’enseignement innovantes requièrent la plupart du temps de laisser les étudiants-es travailler en petits groupes, soit à distance soit en présentiel ou un mélange des deux (approche hybride). Le peer teaching (l'enseignement par les pairs) ou le peer tutoring (le tutorat par les pairs) est la méthode d’apprentissage la plus efficace avec 90% de rétention contre seulement 10% lors d’écoutes passives d’un cours.

  • Des opportunités uniques de collaboration entre les différents acteurs de la formation

En substance, ces tendances à long terme constituent des opportunités (d'affaires et d'innovation pédagogique) tant pour des jeunes acteurs de l'éducation numérique comme les EdTech startups (Education Technlology Startups) que pour les institutions de formation plus traditionnelles. De belles collaborations en perspective donc, qui peuvent profiter à tous les acteurs de la formation, mais très certainement surtout aux apprenants-es qui doivent être à tout prix au coeur des réflexions pédagogiques. Après tout, un outil d'apprentissage ou une technologie n'est rien d'autre qu'un support ou un moyen qui s'inscrit dans un processus d'apprentissage pour l'apprenant-e et un protocole pédagogique pour l'équipe d'enseignement. C'est pourquoi, l'outil ne doit en aucun cas être une fin en soi, mais bien un moyen d'accomplir des missions éducatives plus ambitieuses et complexes, ceci afin d'améliorer les apprentissages, en les rendant plus efficaces, plus rapides et plus agréables.

Christophe Rieder

Christophe Rieder

Christophe Rieder dirige BetterStudy Swiss Online Education, l'institut de formation en ligne qu'il a fondé pendant ses études d'enseignant de la formation professionnelle. Après avoir travaillé quatre années dans la banque privée à Genève, Christophe décide de se reconvertir dans l'enseignement. Il a été formateur d'adultes en comptabilité à Genève et à Lausanne dans plusieurs écoles professionnelles privées. Christophe est aussi Maître d'enseignement à l'Ecole de Commerce Raymond-Uldry dans le canton de Genève, où il enseigne la gestion à des jeunes qui préparent un CFC d'employé(e) de commerce ou une maturité professionnelle commerciale. Christophe est titulaire d'un Master of Science HES-SO in Business Administration de HEG-Fribourg et d'un Diplôme fédéral d'Enseignant de la formation professionnelle. Il a effectué divers séjours d'études en Chine, aux Etats-Unis, en Irlande, en Allemagne et en Angleterre.