Historique de la formation à distance

La formation à distance connaît une évolution progressive et durable. Actuellement, des termes comme e-learning ou MOOC sont très présents dans le paysage de la formation. Bénéficiant d’importantes évolutions technologiques, les offres de formation à distance se multiplient. Cet article vous propose de revenir sur les origines de la formation à distance.

En opposition à la formation en présentiel, la notion de “distance” est au coeur de la relation pédagogique. Elle peut être entendue comme une distance spatiale, l’apprenant ne peut pas toujours être en mesure de se déplacer vers un lieu de formation pour de multiples raisons: éloignement géographique, maladie…

La distance est également temporelle: la liberté du choix et du rythme des apprentissages est caractéristique de ce type de formation. Finalement, Geneviève Jacquinot souligne que la distance à apprivoiser peut également être socio-culturelle et socio-économique. En effet, la formation à distance a permis aux “exclus” du système scolaire de reprendre un cursus de formation. Toutefois, l’opposition de la distance et de la présence est à nuancer : les avancées technologiques permettent aujourd’hui des activités synchrones - en temps réel.

L’invention du timbre-poste

Le média historique de la formation à distance est l’association de l’imprimé et de la poste. Nous pouvons considérer que l’enseignement à distance naît avec l’invention du timbre-poste émis par les postes royales britanniques en 1840. Cette invention inspire Isaac Pitman, créateur d’une méthode de sténographie qu’il décrit dans un manuel. Il souhaite offrir un soutien à l’apprentissage de la méthode pour les personnes qui se sont procuré son manuel. Il décide alors de leur expédier des cartes postales comportant des exercices: des messages en anglais à traduire en sténographie. Une fois l’exercice réalisé, les individus lui renvoient leur travail que Pitman corrige puis il leur retourne la version corrigée.

Publicité d’Isaac Pitman pour son manuel de sténographie, 1918, Grace's Guide to British Industrial History

La volonté d’offrir un accès à des activités de formation à des individus ne pouvant bénéficier de l’éducation formelle est la motivation principale de la formation à distance. Par exemple, dans le contexte étasunien, l’université d’État de Pennsylvanie constate que l’accès à l’éducation est restreint en raison de la distance géographique entre certaines populations rurales et les établissements d’éducation. Afin de remédier à cette situation, l’université développe un programme d’enseignement par correspondance en 1892.

Selon Gilles Boulet, les premières populations étudiantes de la formation à distance sont constituées principalement de femmes, vivant en milieu rural ou dans des zones géographiquement isolées et suite aux Grandes Guerres ainsi que des militaires qui n’ont pas eu la chance de terminer leur formation avant leur engagement.

Les supports pédagogiques sont donc, dans un premier temps, des textes écrits accompagnés ou non d’illustrations et de graphiques. Les échanges sont réalisés par voie postale entre l’apprenant et l’institut de formation dispensant les cours.

L’apparition des médias audiovisuels

Les médias audiovisuels ont largement participé à l’essor de la formation en ligne. À partir des années 70, de nombreux médias sont utilisés comme supports à l’enseignement. Par exemple, l’utilisation de cassettes vidéo ou audios, les émissions de radio ou de télévision. En 1969, le gouvernement britannique fonde l’Open University, une université à distance ouverte à tous. Ce projet rencontre un certain succès: lors de la première année, environ 25’000 étudiants s’y inscrivent. Les cours sont dispensés par voie postale partout dans le monde. La radio et la télévision viennent compléter les supports écrits et leur donner structure.

Outre le Royaume-Uni, plusieurs pays comme le Canada, l’Israël, l’Espagne et les Pays-Bas proposent des universités à distance autonomes. Ces nouvelles formes de formation participent à un vaste idéal de la démocratisation de l’éducation. La formation devient alors une réponse à une demande sociale d’une formation accessible, autonome et adaptée aux contraintes de la vie personnelle de l’adulte.

Dans ce modèle exploitant les médias, la transmission de l’information est évidemment bien plus rapide. Toutefois, les échanges demeurent limités au postal et téléphonique. Le modèle pédagogique ne connaît pas de profondes transformations, l’interaction entre l’apprenant et le formateur demeure plutôt limitée.

La révolution Internet

L’arrivée d’Internet dans les années 90 est considérée par Pablo Achard comme la plus grande révolution récente dans le monde du savoir. Le web a depuis envahi toutes les sphères du quotidien, offrant un nombre important de ressources et de connaissances.

L’arrivée de ces médias interactifs modifie les approches pédagogiques de la formation à distance, notamment dans l’augmentation du nombre d’interactions. L’interaction peut alors être plus personnalisée entre le formateur et l’apprenant et ces échanges prennent des formes multiples (forums, wikis, blogs,  vidéoconférence, etc.) La grande diversité des outils numériques permet de donner de l’importance aux relations entre pairs. Cette dimension sociale de l’apprentissage participe à un changement de paradigme de l’apprentissage.

Depuis quelques années, nous assistons à l’avènement des MOOC (Massive Online Open Courses). Considérés par certains comme un phénomène de mode et par d’autres comme une véritable révolution pédagogique, les cours en ligne ouverts et massifs participent à une nouvelle configuration de l’enseignement supérieur. Le principe de fonctionnement de ces derniers est de “proposer des cours en ligne de qualité, assurés par des intervenants premium, gratuits pour les apprenants, ouverts au plus grand nombre (sans restriction d’effectif donc), et dégagés de contraintes géographiques grâce aux réseaux numériques”. (Oliveri, 2016, p. 39) Les trois premières plateformes de MOOCs sont Udacity, Coursera et MITx, elles constituent aujourd’hui des acteurs majeurs dans le paysage des MOOCS.

Aujourd’hui, de plus en plus d’universités et de centres de formation font le choix de proposer des cours en mode non-présentiel. Les nouveaux moyens de communication et notamment Internet constituent un grand atout de la formation à distance, car ils offrent la possibilité de créer des approches innovantes. Toutefois, il est essentiel de garder à l’esprit que lorsque le monde entier devient salle de classe, le rôle d’une médiation humaine demeure capitale pour éviter abandon et découragement des apprenants.

Sources

Nicolaas Oliveri, 2016, Apprendre en ligne: quel avenir pour le phénomène MOOC?, l’Harmattan.

Geneviève Jacquinot, 1993, Apprivoiser la distance et supprimer l'absence ? ou les défis de la formation à distance, Revue française de pédagogie.

Pablo Achard, 2016,  les MOOCs : cours en ligne et transformations des universités, Les Presses de l’université de Montréal

Anaïs Burkhardt

Anaïs Burkhardt

Anaïs Burkhardt a été Responsable de projet chez BetterStudy entre 2017 et 2018. Elle est titulaire d'un Master en Formation des Adultes de l'Université de Genève (Unige) ainsi que d'un Bachelor en Sciences de l'éducation - Unige.