Chute des actions en bourse : Identifiez les bonnes des mauvaises baisses

Plusieurs éléments peuvent expliquer la baisse du cours d’une action que ce soit pour des raisons fondamentales ou des phases de volatilité.

Cette dernière peut se révéler très bénéfique notamment en offrant une opportunité d’acquérir des actions disposant de fondamentaux solides à petit prix.

Il s’avère parfois qu’un petit profit dit warning explique la baisse d’une action notamment lorsqu’elle est boostée par les traders chartistes et non justifiée par des situations fondamentales de l’entreprise émettrice.

Une baisse éventuelle des résultats d’une société de 5% par exemple, ne signifie qu’elle va déposer son bilan, car elle peut toujours réaliser des bénéfices malgré la baisse.

De telles évolutions sont normales et peuvent être dues aux changements susceptibles de marqués l’activité et l’exploitation, les investissements réalisés par la société, entre autres facteurs.

Hélas, les sur-réactions en bourse sont une réalité notamment dans le cadre d’un marché baissier dans sa globalité. La situation peut être sérieuse lorsque la baisse trouve son essence dans des raisons structurelles.

Ci-après, deux exemples illustratifs dont l’un représente la baisse d’une action suite à la dégradation de la situation fondamentale de l’entreprise. Alors que le deuxième est associé à une situation intrinsèque viable.

1. Le cas de l’action Vallourec

La société Vallourec est une structure française dont l’activité principale est la réalisation de tubes sans soudure et qui sont utilisés dans l’industrie pétrolière et gazière.  

Depuis 2014, le secteur de l’énergie pétrolière et gazière vit une crise avec une baisse importante des cours pour atteindre leur niveau le plus bas en 2016. Malgré un certain redressement, ils demeurent inférieurs aux niveaux d’avant crise.

La société Vallourec a été impactée par cette situation en encaissant une baisse de son chiffre d’affaires et ses résultats et ce depuis 2014. Il est possible que tout change avec une hausse des prix du pétrole et du gaz pour avoir plus de commandes et réaliser des bénéfices.

Malheureusement, ce scénario ne semble pas être pour aujourd’hui car le domaine du gaz et du pétrole adopte un fonctionnement cyclique qui s’inscrit sur le long terme.

Dans un intervalle de 5 ans à compter de 2013 et jusqu’à 2018, le cours de l’action Vallourec a chuté de 25 euros à 2 euros soit une perte de 92%, ce qui met la société en situation de faillite.

Qu’en disent les fondamentaux de Vallourec ?

D’un point de vue des fondamentaux, le chiffre d’affaires de Vallourec a  connu une forte baisse allant de 5,7 milliards d’euros en 2014 à 3,8 milliards d’euros en 2015, puis 2,96 milliards d’euros en 2016 avant de se redresser en 2017 pour atteindre les 3,75 milliards d’euros.

En ce qui concerne les résultats de l’entreprise ils suivent une courbe baissière depuis 2014, quand le résultat était de 923 millions d’euros, avant de régresser à 865 millions d’euros en 2015, puis à 758 millions d’euros en 2016 et à 537 millions d’euros en 2017.

Entre 2014 et 2017, les capitaux propres de la société ont enregistré une baisse de 35%. En effet, ils étaient de 3,75 milliards d’euros en 2014, pour chuter à 2,65 milliards d’euros en 2015, avant d’augmenter à 3.28 milliards d’euros et de baisser encore une fois à 2,43 milliards d’euros en 2017.

Les ratios de solvabilité qui sont obtenus d’un rapport des dettes financières sur les capitaux propres, ne font que confirmer la situation critique de la société.

En 2014, le ratio était de 71,8%, en 2015 le taux était au 81%, alors qu’en 2016, il se situait au seuil de 78,4% et en 2017 le taux était de 105,4%. La question qui se pose maintenant, est ce que la chute de l’action est justifiée ?

La crise qui a marqué le secteur a frappé de plein fouet Vallourec dont l’action peine à se revaloriser malgré une amélioration de la tendance. Le chiffre d’affaires de la société a grandement baissé avec un enchaînement des pertes depuis 2014.

D’ailleurs sur 4 années, le cumul enregistré est de 3,08 milliards d’euros. Les capitaux propres sont en déclin et le ratio de solvabilité s’est détérioré au-delà de 100% au cours de 2017. Les fondamentaux expliquent amplement la chute du cours de Vallourec en bourse avec une perte de 92% entre 2013 et 2018.

Si la situation actuelle de l’entreprise est inquiétante, une reprise du secteur gazier et pétrolier peut changer la donne avec un cahier de commandes plus important pour les tubes, ce qui va se répercuter favorablement sur le chiffre d’affaires et les résultats de la société.

Un changement positif des fondamentaux de Vallourec engendrera une revalorisation de son cours en bourse.

Si cette reprise du secteur gazier et pétrolier n’a pas lieu à court ou moyen terme, les pertes de Vallourec vont être plus importantes, ce qui peut se traduire par la nécessité de procéder à une restructuration de son capital ou même une faillite.  Dans un cas comme dans l’autre, les actionnaires seront exposés à une perte sèche.

2. Le cas de l’action EDF

L’EDF est une entreprise spécialisée dans la production, la distribution et la commercialisation de l’électricité en France. La société possède 58 réacteurs nucléaires dont 34 d’une puissance de 900 MW, 20 d’une puissance de 1 300 MW et 4 d’une puissance de 1 450 MW.  

La société produit 62 400 MW d’électricité du nucléaire. Elle est engagée également dans le créneau de l’énergie renouvelable avec 21 900 MW d’électricité issue des centrales hydro-électriques soit 35 % de la production de source nucléaire. Tandis que 2 200 MW proviennent de l’énergie solaire et éolienne.

L’EDF est en phase de devenir leader au niveau de l’Europe en matière du développement et du stockage de l’électricité dans le but d’optimiser l’efficacité énergétique. Ceci est le résultat d’un quart de siècle d’investissements en R&D.

Au cours de la période allant de fin 2013 et jusqu’au début 2016, le cours de l’action EDF a chuté de 65,5% passant de 25,40 euros à 8,75 euros.

Mais depuis une amélioration est constaté étant donné que le cours actuel est de 14,51 euros, n’empêche qu’il demeure toujours au-dessous du seuil enregistré en novembre 2013 de 42,9%. Mais est-ce que cette baisse est justifiée par les fondamentaux de la société?

En regardant le chiffre d’affaires réalisé par l’EDF, en 2014 la société a réalisé 73,38 milliards d’euros. En 2015 le montant a augmenté pour atteindre les 75 milliards d’euros.

L’année suivante, un recul est constaté pour atteindre le seuil de 71,20 euros puis en 2017 la société réalise un chiffre d’affaires de 69, 63 milliards d’euros. De manière générale, le CA a reculé de 5,11%.

Les résultats réalisés par l’entreprise varient d’une année à une autre. En 2014 la société a réalisé un bénéfice de 3,70 milliards d’euros, en 2015 le bénéfice a grandement chuté, mais il est resté positif dans la limite de 1,18 milliard d’euros.

Un redressement a eu lieu en 2016 avec un résultat bénéficiaire de 2,85 milliards d’euros, pour maintenir sa tendance haussière en 2017 avec un résultat de 3,17 milliards d’euros. La performance de 2015 est associée à des dépréciations d’actifs à titre exceptionnel au Royaume-Uni.

Pour le cas de la filiale Edison, les dépréciations sont plus dues à des charges comptables que de réelles dépenses.

Les capitaux propres de l’EDF ont également évolué entre 2014 et 2017, réalisant une croissance de 17,5%. En 2014 le montant des capitaux propres était de 35,19 milliards d’euros, pour régresser légèrement en 2015 avec un total de 34,75 milliards d’euros.

La tendance baissière va continuer mais de façon moins prononcée en 2016 avec un total de 34,44 milliards d’euros. En 2017 les capitaux propres vont enregistrer une hausse importante pour atteindre le seuil de 41,36 milliards d’euros.

Pour le ratio de solvabilité, il est assez élevé avec une nette amélioration entre 2016 et 2017. Pour commencer, en 2014 le ratio était de 149.4% avant de passer l’année suivante à 173,8%.

La tendance haussière va se maintenir en 2016 avec un taux de 189,3%, suivie d’une baisse importante en 2017 avec un ratio de 137,4%.

Entre novembre 2013 et février 2016, le cours de l’action EDF a baissé, mais est-ce que cette diminution est justifiée ?

Le secteur d’activité de l’EDF se caractérise par sa stabilité, au regard du fait que l’électricité est considérée comme un besoin primaire. Un tel secteur ne peut connaitre de crise, vu que d’autres dépenses peuvent être reportées ou coupées, mais pas celle relative à la consommation électrique.

La baisse qui marque le cours de l’action de -65,5% entre 2016 et 2016 ne trouve pas son origine dans les fondamentaux de la société, surtout que cette dernière est restée bénéficiaire, avec en plus une hausse des capitaux propres et donc la valeur de l’actionnaire, sans omettre que le chiffre d’affaires s’est stabilisé.

Après le point bas atteint en février 2016 et qui était de 9 euros, l’action EDF a gagné de la valeur pour atteindre le seuil de 14,51 euros fin novembre 2018. Le principal problème pour l’EDF est l’encadrement des prix de l’électricité par l’Etat, en plus du ratio de solvabilité un peu élevé mais qui s’est considérablement amélioré en 2017.

Les actions suivent le tempo imposé par les marchés boursiers

Les actions se caractérisent par leur volatilité, elles évoluent vers la hausse ou la baisse suivant les cycles économiques et boursiers. Le cours de certaines actions suit une tendance baissière, vu que les fondamentaux des entreprises concernées sont en déclin.

Ceci peut être dû à une situation de crise marquant le secteur, le cumul des pertes, un niveau d’endettement particulièrement élevé alors que l’activité est en récession ou une baisse des capitaux propres, etc.

Mais parfois les marchés financiers peuvent pénaliser certaines actions sans raison apparente, au moment où la situation économique de l’entreprise est bonne. Quelle en-est la raison ?

Plusieurs éléments peuvent justifier la baisse du cours d’une action alors que l’entreprise et son activité se portent bien. Il s’agit notamment de l’annonce d’un profit warning de 3 % par exemple.

Ce qui peut entraîner la baisse du titre de plus de 20% au moment où la variation des profits est légère et elle est associée uniquement à des dépenses exceptionnelles. Un tel phénomène peut gagner en ampleur à cause des traders chartistes.

La deuxième raison peut être l’embarquement dans la vague lors des cycles boursiers baissiers. Il n’y a pas de différenciation entre les entreprises avec de bonnes ou de mauvaises performances pendant les crises boursières.

Les fondamentaux n’ont plus d’impact au cours de ces périodes, qui demeurent toutefois passagères, même si elles durent parfois quelques années. Les titres des entreprises dotées de bons fondamentaux se revalorisent de manière spectaculaire par la suite comme c’était justement le cas en 2009.

La troisième raison est associée aux fausses nouvelles qui visent la déstabilisation des cours des sociétés visées par les fake news.

De tels scénarios peuvent être source de frustration pour les investisseurs qui  font des placements dans les sociétés disposant de bons fondamentaux.

Dans de telles situations, il faut prendre le recul et faire preuve de patience le temps que les marchés deviennent plus raisonnables, pour choisir la diversification de son portefeuille dans le but de réduire le risque. 

Les investisseurs qui disposent de liquidités peuvent saisir de telles opportunités pour investir à petit prix, sous réserve de bien étudier les fondamentaux des entreprises.

Une bonne analyse des bénéfices, leur stabilité ou croissance au cours des dernières années, les marges bénéficiaires, la valorisation bilancielle, entre autres indicateurs, est hautement recommandée.

Christophe Rieder

Christophe Rieder

Christophe Rieder dirige BetterStudy Swiss Online Education, l'institut de formation en ligne qu'il a fondé pendant ses études d'enseignant de la formation professionnelle. Après avoir travaillé quatre années dans la banque privée à Genève, Christophe décide de se reconvertir dans l'enseignement. Il a été formateur d'adultes en comptabilité à Genève et à Lausanne dans plusieurs écoles professionnelles privées. Christophe est aussi Maître d'enseignement à l'Ecole de Commerce Raymond-Uldry dans le canton de Genève, où il enseigne la gestion à des jeunes qui préparent un CFC d'employé(e) de commerce ou une maturité professionnelle commerciale. Christophe est titulaire d'un Master of Science HES-SO in Business Administration de HEG-Fribourg et d'un Diplôme fédéral d'Enseignant de la formation professionnelle. Il a effectué divers séjours d'études en Chine, aux Etats-Unis, en Irlande, en Allemagne et en Angleterre.