Freelance, 5 conseils pour bien démarrer !

En France, on compte près de trois millions de freelancers ou travailleurs indépendants. Une portion qui gagne en importance mais qui demeure bien moindre que dans les autres pays européens. Un tel changement vient répondre aux mutations sociétales qui ne sont plus centrées sur le statut social et la longue carrière au sein d’une structure.

D’un autre côté, l’arsenal juridique a permis d’ouvrir le champ à d’autres solutions palliatives. Ceci dit, travailler en tant qu’indépendant n’assure pas la liberté et l’indépendance auxquelles aspire le freelancer, en tout cas pas sur le court terme. Surtout que pour démarrer cette activité, il faut faire face à plusieurs difficultés. 


Domaine d’intervention et de compétences

Un freelancer doit déterminer avec précision son domaine d’activité ou d’intervention et le type de prestation qu’il peut proposer à ses clients.

Evidemment il faut miser sur les domaines d’expertise et de maîtrise afin de pouvoir mieux convaincre les clients et les commanditaires. Parmi les exemples qui illustrent la nécessité de bien définir ses compétences, il y a Maria Delasalle qui s’est lancée dans le freelance en 2017. A ce moment, elle proposait ses services de rédactrice web en variant au départ ses domaines d’intervention comme les relations presse, la rédaction web et l’écriture créative. Comme elle proposait aussi ses services en tant que journaliste et consultante, entre autres. Mais c’est au moment où elle a décidé de réduire ses activités, qu’elle a pu décrocher ses premiers clients.

Un autre exemple à citer est celui de Valentin Tabary qui travaille depuis cinq ans en tant que graphiste freelancer et qui a pu, par la suite, créer Yoko Creative Studio. Il estime qu’il lui était difficile au départ de bien définir son offre, de préciser avec exactitude ce qu’il vendait comme prestation, à qui la vendre et quelle méthode suivre. En plus, il devait s’occuper de nombreuses démarches administratives et présenter son entreprise et ce dans un marché très concurrentiel.  


Fixation des prix

Après la détermination de l’activité, il est temps de fixer ses prix en tant que freelancer. Or cette démarche n’est pas aussi aisée. En général le travailleur indépendant cherche au départ à accrocher des clients à tout prix. Mais il s’avère parfois que ce n’est pas avisé d’accepter un prix qui ne correspond pas aux compétences et qualifications du freelancer. Il est important de proposer un devis acceptable et juste à un client et de bien marketer chaque service offert. Il est évident qu’il ne faut pas proposer des tarifs trop élevés au-dessus de ce qui est pratiqué sur le marché. Mais il faut surtout éviter de proposer des prix trop bas, ce qui est très courant aussi, ce qui s’explique par l’adoption d’une stratégie centrée sur la quantité.

De plus, les plateformes qui mettent en relation les prestataires freelancers et les commanditaires favorisent la concurrence et généralement ceci se traduit par la baisse de la qualité. Il existe un grand nombre d’indépendants opérant dans les différents secteurs et domaines d’activité. Ce qui rend invisible les personnes offrant un tarif juste. Si celles-ci veulent gagner en visibilité, elles doivent aligner leurs tarifs sur ce qui est proposé par les concurrents. Sous-évaluer son travail revient à mettre en péril son activité notamment sur le long terme.


Prévention des risques liés au freelance

Les indépendants doivent faire face à des situations qui nécessitent la vigilance. En effet certains commanditaires mal intentionnés, qui subissent des revers financiers ou qui doivent faire face à des problèmes de trésorerie, sollicitent des freelancers et se défient de les payer. Il devient donc nécessaire de se protéger au moment de soumettre le devis, d’établir le contrat de prestation et d’éditer la facture en prévoyant par exemple des pénalités de retard. Il faut faire preuve de fermeté pour exiger le règlement le moment venu et pourquoi pas demander un acompte, soit un pourcentage du montant total, avant le début de la prestation. 

De son côté, Matt Hill travaille en tant que caméraman freelance depuis une vingtaine d’années et il a expérimenté quelques revers au début de sa carrière d’indépendant. Il s’est abstenu de demander un acompte à son client qui a fait faillite sans lui verser les 7000 euros qu’il lui devait. Dans ce type de situation, il est possible de faire appel à la justice pour obtenir une ordonnance portant injonction de payer pour les montants ne dépassant pas les 4000 euros ou faire appel au tribunal d’instance pour les sommes supérieures à ce seuil. 

Recourir au canal judiciaire nécessite un justificatif, notamment un contrat établi et signés par les deux parties ou un bon de commande précisant le montant de la prestation. Bref il est indispensable d’établir un contrat afin de se protéger.


Négociation des conditions de mission ou projet

Pour un freelancer débutant, il est tout à fait normal de veiller à garder son client et parfois au détriment de ses propres intérêts en évitant justement de négocier les conditions des projets et missions. Or la négociation est importante pour déterminer les tarifs et les conditions générales de travail.

L’une des références à consulter pour s’initier à l’art de la négociation est l’œuvre de Chris Voss intitulée « Never Split the Difference : Negotiating as if your life depended on it ». A ses débuts un indépendant a tendance à dire trop souvent « oui » alors qu’il aurait intérêt à dire « non ». Il est primordial de jauger le risque auquel on s’expose au moment d’accepter une mission.

La moindre des choses est de n’accepter que les projets qui entrent dans le domaine de ses compétences au lieu de décevoir le commanditaire et de le perdre à jamais. Il importe aussi que le tarif soit juste par rapport au travail fourni au risque d’être obligé de décliner des offres plus intéressantes. 

Au départ, Matt s’est mis en quête de clients réguliers dont les projets duraient plusieurs semaines au lieu d’accepter des projets journaliers qui symbolisent l’insécurité et nécessitent beaucoup d’organisation. Le cameraman avouait qu’il manquait cruellement d’argent mais qu’il a persévéré. Après avoir décliné un travail qui ne lui donnait pas satisfaction, il a pu couvrir l’Australian Open, ce qui lui a permis d’accéder à d’autres tournois sportifs et ce tout au long de l’année, ce qui correspondait exactement à ses attentes.  


Création et entretien d’un réseau

Il est important pour un travailleur indépendant de constituer un réseau de clients et de partenaires et de bien l’entretenir. Il est possible d’utiliser les plateformes spécialisées dans la mise en relation avec les entreprises, mais elles sont insuffisantes pour décrocher des commanditaires intéressants.


Il faut penser à varier ses sources et ses modes de prospection. Comme le dit bien le sociologue Mark Granovetter, il faut exploiter « la force des liens faibles » notamment en constituant un large réseau de personnes, avec qui on partage peu au lieu d’avoir un réseau très restreint avec qui on a des liens très forts. Les rencontres et les connaissances les plus improbables aboutissent parfois sur des choses intéressantes. Il est important de créer un réseau car c’est la clé du développement. 

Dans le domaine du freelance, la réalisation d’une mission et la réception d’un paiement ne sont pas une finalité, car il faut penser à assurer le suivi de la prestation. Une bonne prestation qui donne satisfaction permet d’avoir des recommandations et donc de nouveaux prospects et clients. Il ne faut pas hésiter à garder le contact avec d’anciens clients pour avoir leurs feedbacks et leurs avis sur un projet réalisé ou juste pour se faire rappeler à leur mémoire. 

Pour éviter d’échouer dans une activité freelance, il est crucial de bien gérer les phases de creux et celles de fortes activités. En général le travailleur indépendant ne s’occupe plus de la prospection lorsqu’il a du travail et une fois que les missions en cours sont terminées, il n’a plus rien à faire. Il se trouve sans demande de devis, sans rendez-vous ou contrat à signer. Il faut au quotidien consacrer un moment de la journée pour rencontrer de nouveaux partenaires ou clients.

Il s'agit d'une approche adoptée par Valentin Tabary, qui recommande de rencontrer toujours de nouvelles personnes, car les rencontres les plus improbables peuvent aboutir sur du travail. Le freelance peut être un choix pour un début de carrière ou en fin de sa vie de salariat. Il apporte plus de liberté et de flexibilité. Mais il faut savoir faire face aux difficultés liées à ce type d’activité afin de gagner sa vie en toute quiétude. 

Pour Capucine de Joybert, qui est consultante en communication et créativité et qui a passé quatre ans dans une agence de publicité, il faut une préparation psychologique afin de pouvoir continuer et ne pas céder à la panique. Il faut savoir assumer son choix en y prenant plaisir et en gardant une attitude positive. Il faut aussi se préparer financièrement, le temps de décrocher les premiers clients et d’adopter le bon rythme.

 

Christophe Rieder

Christophe Rieder

Christophe Rieder dirige BetterStudy Swiss Online Education, l'institut de formation en ligne qu'il a fondé pendant ses études d'enseignant de la formation professionnelle. Après avoir travaillé quatre années dans la banque privée à Genève, Christophe décide de se reconvertir dans l'enseignement. Il a été formateur d'adultes en comptabilité à Genève et à Lausanne dans plusieurs écoles professionnelles privées. Christophe est aussi Maître d'enseignement à l'Ecole de Commerce Raymond-Uldry dans le canton de Genève, où il enseigne la gestion à des jeunes qui préparent un CFC d'employé(e) de commerce ou une maturité professionnelle commerciale. Christophe est titulaire d'un Master of Science HES-SO in Business Administration de HEG-Fribourg et d'un Diplôme fédéral d'Enseignant de la formation professionnelle. Il a effectué divers séjours d'études en Chine, aux Etats-Unis, en Irlande, en Allemagne et en Angleterre.